Un technicien missionné par la compagnie
L’expert de l’assureur est en général un indépendant ou un salarié de cabinet travaillant de façon régulière pour une ou plusieurs compagnies. Il reçoit un ordre de mission qui précise ce qu’il doit examiner : réalité du sinistre, circonstances, cause, étendue des dommages, montant de la réparation et, souvent, application des garanties.
Il est tenu à une obligation de compétence et de loyauté, mais sa mission vient de l’assureur et son rapport est adressé à celui-ci. Il n’a pas vocation à rechercher pour vous l’indemnisation la plus élevée possible : son rôle est d’établir ce que la compagnie doit, selon sa lecture du contrat.
Ce qu’il vérifie lors de son intervention
Sur place ou à distance pour les petits dossiers, l’expert cherche d’abord à établir l’origine du dommage, car c’est elle qui détermine si la garantie joue. Il examine ensuite l’étendue des dégâts, la nature des biens touchés et leur état avant le sinistre.
- concordance entre la déclaration et les constats matériels
- cause technique du sinistre et éventuelle responsabilité d’un tiers
- existence, propriété et valeur des biens déclarés
- vétusté applicable et mode d’indemnisation prévu au contrat
- mesures conservatoires prises par l’assuré pour limiter les dégâts
Comment se passe la visite et ce qui suit
Le rendez-vous est fixé par le cabinet après la déclaration. L’expert visite les lieux, interroge l’assuré, prend des photos et des mesures, puis demande les justificatifs manquants. Pour un dégât des eaux entre voisins ou en copropriété, il peut organiser une réunion avec les autres parties et leurs assureurs.
Il rédige ensuite un rapport destiné à l’assureur, parfois accompagné d’un procès-verbal de constatation ou d’un état des pertes qu’il vous propose de signer. Ce document sert de base à l’offre d’indemnité. Le rapport complet n’est pas systématiquement transmis à l’assuré ; vous pouvez demander à votre assureur les éléments de chiffrage qui fondent sa proposition.
Préparer son rendez-vous avec l’expert
La préparation fait souvent la différence. Conservez les biens endommagés tant que l’expert ne les a pas vus, sauf danger ou exigence sanitaire, et photographiez tout avant nettoyage. Rassemblez factures, photos antérieures, devis de réparation et, pour un professionnel, éléments comptables.
Rédigez une liste écrite des dommages, pièce par pièce, et remettez-la à l’expert. Ne signez aucun document sur place si vous n’êtes pas d’accord avec son contenu ou si vous ne l’avez pas compris : vous pouvez demander un délai ou y porter vos réserves.
Là où les évaluations divergent le plus souvent
Les divergences tiennent rarement à la mauvaise foi ; elles viennent de choix techniques qui, cumulés, pèsent lourd. Des prix unitaires bas, des surfaces arrondies à la baisse, une vétusté forte, l’oubli de travaux annexes (dépose, protection, nettoyage, remise en peinture d’une pièce entière) peuvent réduire sensiblement une indemnité.
Le désaccord peut aussi être de principe : l’expert peut conclure à une cause exclue, à une usure plutôt qu’à un accident, ou à une sous-assurance entraînant une réduction proportionnelle. Ces conclusions se discutent, pièces à l’appui, et ne lient pas définitivement l’assuré.
Le recours à un expert d’assuré face à l’expert de la compagnie
Lorsque les montants sont importants ou que le dossier est complexe (incendie, catastrophe naturelle, perte d’exploitation, sinistre d’entreprise), l’assuré a intérêt à se faire assister par un expert d’assuré. L’expertise devient alors contradictoire : chaque expert défend son chiffrage et ils cherchent un accord commun.
Il est préférable de mandater votre propre expert avant la première réunion, pour qu’il participe aux constats. Vérifiez au préalable si votre contrat comporte une garantie « honoraires d’expert », qui peut couvrir tout ou partie de son coût.
Repères en Belgique, en Suisse, au Luxembourg et au Canada
Le schéma est proche dans les autres pays francophones : la compagnie mandate un expert ou un gestionnaire de sinistres, et l’assuré peut se faire assister par un professionnel de son choix. Au Canada, la fonction d’expert en sinistre de l’assureur est encadrée par la réglementation provinciale, ce qui implique un statut professionnel spécifique.
Partout, en cas de désaccord persistant après réclamation écrite auprès de l’assureur, un service de médiation des assurances peut être saisi gratuitement avant une éventuelle action en justice.
Délais et suites à surveiller après le rapport
Une fois l’offre reçue, prenez le temps de la comparer à vos devis et à votre propre liste de dommages. Demandez par écrit les explications sur chaque poste réduit ou écarté : un refus motivé se conteste plus facilement qu’un montant global sans détail.
Gardez une trace de tous les échanges, datez vos courriers et notez les noms de vos interlocuteurs. Si des travaux urgents doivent être engagés avant l’accord, informez l’assureur et conservez photos, factures et éléments remplacés. Enfin, gardez à l’esprit que l’action contre l’assureur est enfermée dans un délai de prescription : en France, il est en principe de deux ans, ce qui impose de ne pas laisser un désaccord s’enliser.
Organismes qui proposent ce service
- La Médiation de l'Assurance : Dispositif de médiation du secteur de l'assurance en France, saisi pour les litiges entre assurés et assureurs, qui publie une charte et un rapport annuel.
- La Médiation de l'Assurance : Service de médiation auquel les assurés peuvent soumettre un litige avec leur assureur, encadré par une charte du Médiateur publiée en ligne.
- Adjusters International : Réseau américain de cabinets de public adjusting qui représente les assurés, entreprises et collectivités dans le règlement de sinistres matériels importants.
Liens externes fournis à titre informatif ; vérifiez les conditions directement auprès de chaque organisme.
Questions fréquentes
Suis-je obligé de recevoir l’expert de mon assureur ?
Le contrat impose généralement de permettre la constatation des dommages. Refuser la visite peut compliquer, voire compromettre, l’indemnisation. Vous pouvez en revanche être accompagné de votre propre expert.
L’expert de l’assureur décide-t-il du montant de mon indemnité ?
Il propose une évaluation, sur laquelle l’assureur fonde son offre. Cette évaluation peut être contestée par des pièces, une contre-expertise ou, si le contrat le prévoit, le recours à un tiers expert.
Puis-je obtenir une copie du rapport ?
Ce rapport est destiné à l’assureur. Vous pouvez néanmoins demander par écrit le détail du chiffrage qui fonde l’offre, ce qui est indispensable pour la discuter.
L’expert de l’assureur est un interlocuteur à préparer, pas un adversaire à éviter. Si son évaluation vous paraît incomplète, expertdassure.com vous aide à identifier un expert d’assuré pour rééquilibrer la discussion.
